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Affichage des articles du septembre, 2006

En Zone frontalière

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Roman plutôt pas gai, plutôt désespéré, mais passionnant quoique raconté à la fois de façon minutieuse et pourtant sobre, voire minimaliste, sur un passeur de contrebande kurde, errant dans le no man's land miné entre Turquie et "Irak", au temps de l'embargo. Le style et le monde très froids, très énigmatique,s plus faits de mécaniques, de destins et de chances ou malchances que d'hommes, d'aléatoire, de bonne/mauvaise fortunes et d'émotivité, relient ce roman plus à la littérature germanique que moyen-orientale. Manquent par exemple cet humour, ce goût de l'absurde et du sarcasme dont un auteur kurde, turc, arabe, persan aurait saupoudré la tragédie. Ici, ces personnages graves, douloureux, aux gestes pesants sont tout entier pris dans leur destin et l'épousent entièrement, sans échappatoire, sans distance ironique. Le héros, le "passeur", est totalement voué à décrypter les signes plus ou moins visibles qui aident à sa survie, tout au …

TV : carnets d'un combattant kurde, génocide arménien, Atatürk

Lundi 2 octobre à 22h05, sur ARTE : Carnets d'un combattant kurde, documentaire de Stefano Savona, 2006.

Ne l'ayant pas vu, je cite le commentaire de Thierry Leclère dans Télérama :
"Dans la catégorie OVNI, voici un documentaire qui ne vous laissera pas indifférent. Les premières minutes, on se demande d'ailleurs si ARTE n'a pas perdu la tête. Ou plutôt si la chaîne n'a pas été infiltrée subrepticement par des militants kurdes du PKK, ce mouvement armé en lutte depuis presque 30 ans contre le pouvoir turc ! Document de propagande ? Il en a tous les atours. Filmé par un réalisateur italien mais écrit à la première personne par un combattant kurde, ce journal de bord paraît, de prime abord, aussi crédible que le journal d'un Khmer rouge qui vous ferait un cours sur le Cambodge... Et puis, au fil des séquences, le film prend un autre relief. La propagande, inscrite dans le projet du film, se dynamite elle-même, comme si le héros se faisait un croche-pied : on…

Les Sassanides

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Plutôt que de chercher dans les délires génético-nationalistes une filiation Mèdes-Kurdes, allez jeter un oeil à l'exposition du musée Cernuschi présentant l'art sassanide. Certains objets et thèmes artistiques sont sûrement très intéressants à comparer avec l'art de Djezireh, de Haute-Mésopotamie et d'Anatolie de la période islamique qui succéda à l'empire iranien.




A signaler

Mémoire de Master II d'histoire contemporaine en ligne : L'Europe et la question kurde, 1999-2006, de Jonathan Rosier.

Cinéma : Yilmaz Güney

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Yilmaz Güney était un des acteurs les plus populaires de Turquie, en même temps que le cauchemar de la junte qui après le Coup d'Etat a détruit des centaines de films où il figurait, photos, documents... D'un seul coup, il ne fallait plus que Yilmaz Güney ait existé. La Turquie a décidément un penchant fâcheux pour le négationnisme.

De toutes ces pellicules détruites, il n'en reste qu'une douzaine, très abîmées. Le Gouvernement régional du Kurdistan a décidé de financer leur restauration, considérant que cela fait naturellement partie du patrimoine de tous les Kurdes.

Et c'est à cela que l'on sent la nécessité d'un Etat kurde. Car qui d'autre pouvait sauver ces films ? Certainement pas la Turquie, pays dont Güney était pourtant officiellement ressortissant. Si Güney vivait encore, il ne serait pas un cinéaste "turc" en exil, mais un artiste kurde reconnu, soutenu, financé et consacré au Kurdistan, et naturellement il pourrait continuer à tourne…

Le retour

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Finalement après intervention en haut lieu et je dirais rien que pour m'embêter, une place se débloque pour le 19. C'est-à-dire qu'ils ont dû éjecter quelqu'un sans lui demander son avis. Après échange de SMS entre ministères pour donner les noms des VIP et leurs numéros de passeport (oui, le ministère n'ayant pas encore de fax, on fait tout par sms, comme des skybloggers), je suis censée être attendue au VIP Room avec d'autres congressistes plus tardifs dans leur départ.

Lever à 3h30, temps doux, on sent venir l'automne, même dans la journée la chaleur est agréable, 36-38°. Quelques chauves-souris volètent près des fenêtres de la chambre. Trajet compliqué et sécurisé pour l'aéroport, dont je ne me souvenais pas à l'aller. Gimkhana de blocs de béton en zigzag pour couper la route vers l'aéroport, un contrôle, changement de taxi, encore des contrôles.

Arrivée à l'aéroport, à 5h. Je demande le VIP Room. Un des types préposés au contrôle des baga…

Pourquoi j'aime le Moyen-Orient

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Pour ses défauts. Comme on aime une personne profondément, plus pour ce qui devrait énerver que pour ses bons côtés. J'aime la poussière, la pollution, le brouhaha perpétuel des villes, les klaxons des voitures dès le matin, même un jour gris à Hewlêr n'est pas un jour gris à Paris. J'aime tout, même leurs télévisions avec les téléfilms kitsch syriens historico-sentimentales. Le matin, même devant la télévision de la cafétéria, devant la chaine al-Baghdadi qui psalmodie les sourates avec une image fixe et bien chromo, je suis aux anges. Même l'appel à la prière de 4 ou 5 heures à Hewlêr ne m'énerve pas, alors qu'à Van j'enrage... Pourtant les muezzins kurdes chantent aussi mal que les Turcs, il faut admettre. Bref, le Moyen-Orient, c'est chez moi et donc je suis à cet égard d'une injustice totale. A Hewlêr les taxis ont mauvaise réputation, celle d'être aussi arnaqueurs qu'à Istanbul, mais je suis quand même tombée sur un paquet qui au lieu d…

Ankawa, vin, surbooking

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J'étais en train de rédiger un post hier quand la salle Internet s'est éteinte, en raison d une de ces innombrables coupures de courant qui empoisonnent la vie des Kurdes ici. Il faut dire que la demande est trop forte par rapport à l'énergie dont dispose la Région et qu' en plus les Kurdes ne sont pas les champions du non-gaspillage énergétique... Sinon l' internet café d'Ankawa empestait tellement l'essence qu 'il ne valait mieux pas craquer une allumette. Comme les tickets sont vendus par unité de 1h = 1 dollars, les nôtres étaient encore valables pour la prochaine fois. S en souvenir.

Ankawa c 'est a la fois le quartier chrétien et le quartier cher et chic de la ville, un classique au Moyen Orient. La plupart des officiels y résident. Il a aussi l 'avantage de fournir de l 'alcool (ventes et restaurants) à tous, y compris les musulmans (ce qui est aussi un classique au Moyen Orient). Il y a autant de boutiques d alcool qu'à Dersim, c&…

Duhok : livres français, salle de classe et Monseigneur

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Ensuite, HELAS on doit se fader encore un de ces déjeuners protocolaires qui casse les couilles de tout le monde, et fait perdre le temps qu'on aurait pu consacrer à continuer la balade. Bon, déjeuner avec le président de l'université de Duhok, j'ai à peine participé à la conversation, quand on quitte les yézidis de Lalesh, hum ce genre de mondanité, ça paraît bien fadasse et mortel. De totue façon il était déjà tard, on n'a que le temps de passer au lycée international de Duhok déposer trois sacs de livres scolaires. Le lycée est fermé mais j'avais eu au téléphone monseigneur Raban, de qui ce lycée francophone, mixte, ouvert à tous les élèves quel que soit leur culte est la grande oeuvre. Patroné et financé par Monaco, il est équipé d'une salle pleine d'ordi (un par élève) et un internat à plusieurs étages se construit à côté. Bref j'explique à monseigneur Raban qui lui était à Hewlêr qu'on vient, et il prévient les gardiens. Un petit tour au Lycée…

Lalesh : tawwaf, guide, zamzam

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Hier, j'ai dû piloter une excursion pour Lalesh, la Mecque des Yézidis, où repose le Sheikh Adi ibn Mustafa, à l'origine cheikh d'une confrérie soufie, mais dont la personnalité étonnante, et la vénération de ses murîds après sa mort, plus maintes tribus kurdes qui lui firent allégeance sans être elles-mêmes très islamisées, donnèrent naissance à une religion à part, qui mêlent éléments pré-islamiques et soufis, comme dans la plupart des sectes ghulat de la région. Mais il y a indéniablement chez eux, comme chez les Yaresans, des éléments de culte iraniens très très anciens, bien plus anciens que le manichéisme et le zoroastrisme.

M'enfin, avec toutes les conneries que j'ai pu entendre sur le Yézidisme, qui après avoir été très mal vu par les musulmans et les chrétiens (on les suspectait à tort d'adorer Satan), est récupéré à présent par les nationalistes kurdes désireux de retourner à leurs "origine mède" et donc de se débarrasser de toute trace d'…

Hewlêr J11-J12 : Nouvelles Frontières, music hall, Big Bang kurde

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Avec le staff de la conférence, on a fait le point sur tout ce qu'on nous avait demandé. Une liste à la Prévert... Incroyable comme les gens quand ils voyagent en groupe peuvent être profondément neuneus... Attention, je parle de kurdologues qui sont censés avoir voyagé sur le terrain, tout seul, et pas toujours de façon très légale... Ben après deux jours je ne voulais plus me dire kurdologue. Je me cherche un autre nom... Déjà il paraît que toute la ville de Hewlêr est foudroyé par une épidémie de gastro, alors imaginez les étrangers, qui déjà en temps normal... Eh ben c'est hallucinant le nombre de médocs de bases (Immodi, doliprane qu'on a dû fournir, pompé sur nos propres réserves, bien sûr). Partir au Moyen-Orient en été sans pharmacie ça doit être ça l'aventure. Quand même entendu la réflexion : "Quand même, ils auraient pu prévoir une valise de médicaments pour tout le monde !" J'aurai halluciné, si on avait pas dû aussi fournir deux personnes dif…

Hewler : J10 Otages au Kurdistan

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Ouais le Kurdistan aussi est une zone dangereuse où on se fait kidnapper. Hier en fin d 'après midi on avait reussi à s'éclipser pour faire un tour au bazar. De retour au Sheraton, tout juste si on passe pas en rampant sous la fenêtre de la guérite pour échapper au énième contrôle de la journée (le Sheraton est très surveillé entouré d'un mur de béton anti-attentats avec plein de jolies dessins dessus) et à l'entrée de la réception il y a une photo du président Barzani en train de se prêter de bonne grâce à ce même contrôle, gageons que ça ne lui est quand même pas arrivé souvent).

Bon on se faufile discrètement et là, boum on se cogne sur le président de l'université, un Kurde très gentil avec un beau visage et un costume traditionnel (mais ce sont toujours les gentils qui vous mettent dans des merdes pas possibles). Bref il s'étonne de nous voir nous diriger vers l'hôtel et nous demande pourquoi on ne va pas a l'hôtel Khanzat où nous sommes tous invité…

Hewlêr J7-J8 : Conférence, Peshmergas, divas

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Avec le début de la conférence, on est sur les rotules. Les arrivées à gérer au fur et à mesure, les ceusses qui n 'ont pas donné leur texte pour les traducteurs, le programme qui change 36 fois parce que les profs d 'ici font des pieds et des mains pour intervenir, se fâchent, des noms déplaisent et sont éliminés par les autorités de l' université, d 'autres sont rajoutés parce qu' en bons termes avec ces mêmes autorités, finalement l'équipe de traducteurs est mise sur la touche car malgré les assurances et promesses réitérées de notre cher ministre organisateur, la salle n est pas du tout équipée pour la traduction simultanée, ce qui oblige à changer tous les temps d 'intervention, et finalement, après des milliers de pages de programme sitôt imprimées sitôt obsolètes parce que modifiées pour le énième pékin venu se placer dedans, après avoir agrafé, désagrafé, fait les badges, changé les badges, le matin de l 'inauguration nous apprenons que finaleme…

Hewlêr J6-J7 : bazar, tesbîh, ministre

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Avant hier, au ministère, entre débrouillage des fâcheries et querelles de clocher (enfin de minaret) concernant l'établissement des listes d'intervenants pour le Congrès, séance autrement plus relaxe de lecture dans le marc de café puisqu'une des responsables du ministère est experte en cette science.

Ensuite au bazar, hier, afin de conclure (espérons) le dernier épisode des aventures de mon portable hewlêrî, dont j'avais oublié de prendre le chargeur (ou bien le vendeur oublié de me le donner, comme on veut). Bref on retrouve la boutique, le vendeur nous remet bien et prend un air étonné très bien joué quand on lui explique le problème. Il finit par reconnaître qu'un portable sans chargeur présente quelques inconvénients mais que malheureusement, le chargeur en question est resté chez lui. Avec l'aplomb d'un marchand de tapis, il me propose soit d'attendre demain, soit que j'en achète un si je le veux tout de suite. Ben tiens ! (au passage me rede…

J4, J5 : Dolce Vita, supermarket et mécontents

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Hier vendredi, jour férié. Dans le parc à côté du Sheraton, les familles viennent s'éclater sur les manèges et la grande roue (quel que soit l'âge), fumer le narguileh, ou piqueniquer. Les petits mecs en chemise à col ouvert, pantalon à grosse ceinture et cheveux gominés ont des airs de marlou des années 30. Deux gamins de 13 ans à peine, attablés devant deux narguileh qu'ils tétaient d'un air grave en devisant sourcils froncés nous ont éclatés. Ensuite, grosse pizza à Ankawa, le quartier chrétien, où l'église a un clocher surmonté d'une superbe croix qui s'illumine la nuit. Manque plus que la faire clignoter. En tout cas on mange bien à Hewlêr et contrairement à la Turquie les portions sont géantes. Aujourd'hui, heures infernales au ministère, papotage avec le peshmerga et les quelques employés présents (c'était aussi férié), soda partagé en bavardant avec le conseiller du ministre, gâteau de Mossoul avalé de force, cigarette plantée dans le bec de f…

Waqt et Zaman

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"Qui croirait qu'un lettré juif du Sud marocain, dénommé Ya'cob Bu-'Ifergan (un patro-toponymique typiquement berbère), artisan bijoutier de son état, séjournant à Aqqa, un point géographique que peu de spécialistes seraient capables de situer sur une carte, saurait méditer sur les grands livres de la Loi écrite et la Loi orale, discuter des grands courants de la mystique juive et serait à même d'apporter une contribution éminemment importante à cette science que lui-même et ses congénères kabbalistes appellent "science de grâce et de vérité", rédigeant, dans des conditions matérielles inimaginables, une oeuvre monumentale où s'associent certes, remarquablement, une multitude de "lectures" possibles du message divin, mais où dominent l'ésotérisme de la kabbale traditionnelle, la théosophie des sefirot et la théurgie d'une interprétation de la Loi et des motifs de ses préceptes (ta'ame ha-miswot "saveurs mystiques des prescr…

Hewler J 3 : Ministere, banque "sans usure" et rats

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Hier fait un saut au ministère des "régions extérieures" (soit Kirkuk et Mossul) dont on demande la réintégration dans nos frontières (quoique Mossoul ils peuvent se le garder...). Des gens adorables, mignons comme tout, rosissant, avec un sourire d'une oreille à l'autre en m'entendant parler kurde... Ils sont dans des locaux flambant neuf et super bien installés.

Le gardien pour la sécurité est un peshmerga, un grand type costaud tout gentil aux yeux rieurs, le vrai combattant kurde comme je les adore. Ici les peshmergas sont hyper respectés quel que soit le job dans lequel ils se reconvertissent car sans eux évidemment on en serait pas la. Mais à peine 1 h après être arrivés au ministère, il faut revenir au Sheraton pour déjeuner avec Saywan qui nous attends là bas. Bon on refonce. Il était avec le directeur de la banque de Syleimanieh qui a la particularité d'être une banque conforme à la sharia cad sans crédit avec intérêt puisque l'usure est interdite.…

Hewler J 2 : Citadelle et bazar

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Lendemain un tour a la Citadelle, ou trône majestueusement la statue de mon presque-Cheikh Xani, le vrai etant l 'éponyme de ce blog sans doute. Visite au Centre Culturel francais, installé gratos au centre de la Citadelle, dans une vieille demeure très 17-18eme siècle. Mathieu s'efforce de convertir les Hewleri au cinema sans grand succès, les Kurdes étant pro chansons mais ne s'intéressant guère aux films. La biblio, cad quelques livres en francais, est très pauvre mais le problème est comment acheminer les bouquins, déjà qu on a même pas de poste (alors attendez pas les cartes postales...).

Ensuite direction le bazar pour me trouver une carte SIM locale, ces empaffés de Bouygues m'ayant fait le même coup qu'en 2000 pour la Syrie, me jurant que ça marchait. Ben tiens... Le problème est qu 'ls bloquent aussi les portables pour les autres cartes SIM et le mien est trop récent pour être facilement débloqué... Pas grave ça a permis de se faire un trip bazar... d a…