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Affichage des articles du juin, 2002

Cizre

Eh bien nous voici à Cizre. Pour deux nuits, peut-être, si on ne nous expulse pas. Pour le moment, pas vu grand-chose, sauf l'hôtel, qui est de luxe. Et des enseignes Mem et Zin un peu partout. Petrol Mem u Zin, Mem u Zin Market, etc. Sur la route, pas grand-chose : les premiers contrôles, les premiers mouchards, les premières fouilles. Disons que les jandarma nous ont fait descendre et ont un peu ouvert les sacs. Pas trop, sur le dessus. Mais sur le dessus il y avait mes carnets et mes bouquins. De quoi les inquiéter. Le gradé (un costaud à lunettes noires, au look GI) a essayé de lire mes écrits avant de me reprocher de les avoir écrits en français, exprès pour qu'il ne puisse pas les déchiffrer, lui. C'est vrai que ce n'est pas de jeu. Après il s'est attaqué vaillamment à mes bouquins : un tome de l'islam iranien de Corbin, Hannah Arendt et le Yi King en français aussi. Eh bien l'esprit du Tao n'est pas descendu sur lui car il n'y comprenait touj…

Midyat

A Midyat, halte dans un hôtel à 10 millions (qui les vaut, pas plus). Le probleme, c'est la douche ! D'habitude on s'attend à serrer les dents sous de l'eau glacée. Là, non, on ne serre pas du tout les dents car on ne va pas sous une eau bouillante. Toujours bouillante. Avec un bruit de chaudière qui laisse supposer qu'elle va exploser si on continue à l'embêter comme ça. Mais ce matin, elle était de nouveau glacée. Seulement glacée. Décidément, c'est le cas de le dire, les gens d'ici n'ont pas inventé l'eau tiède. Par contre la nuit, la ville est calme. Avec les fenêtres ouvertes sur la rue principale, à partir de minuit, plus un bruit, un silence de campagne.Un dimanche matin à Midyat : pastahane+petits pains chauds au fromage (poghaça) + Dalida (le tube qu'avaient repris les Bronzés). En notre honneur, bien sûr. Déjà dans un cybercafé ils avaient passé Aicha en boucle pendant deux heures. Là ils sont très enthousiastes, la musique est à f…

Dunaysir

10h55. Le coup de baton de ce foutu pays a fini par me tomber dessus. Fièvre, tourista, mal de coeur. A part les médicaments et la diète, rien d'autre à faire qu'attendre que ça passe. Le probleme est de voyager dans des dolmush surchauffés et de travailler au soleil. Or je ne veux pas manquer Dünaysir. Mais à part me nourrir exclusivement de dew et de pain, je ne vois pas comment me soutenir. Le probleme est que l'on peut de moins en moins manger correctement ici. Hier, au restaurant d'à côté, il n'y avait pas de dew ! Un restaurant kurde sans dew ! Chaque année c'est de pis en pis. On va finir par ne plus pouvoir manger que des kebabs graisseux, gros comme deux doigts, servis sur d'énormes tranches de pain et ne plus avoir à boire que du coca. Or, nous l'avons furieusement constaté, malades ou pas malades, diète ou pas diète, le coca fait fâcheusement grossir. Entre revenir obèse et mourir d'inanition, le choix est réduit. Ce n'est vraiment pl…

Mardin

Hier soir, à la terrasse de l'hôtel, devant un verre de bière (on risque de ne plus en boire de sitôt) je rêvassais devant les lumières de la ville haute. En dépit du côté peu riant de cette ville, je me suis souvenue de Mardin, capitale des Artoukides, et d'al-Jazari qui conçut là ses fabuleux automates. Et du séjour qu'y fit Ibn Battuta. Malgré l'agitation de la terrasse, les allées et venues du service, les touristes autour et tous ces bâtiments modernes qui poussent comme des chancres sur cete ville, je me suis sentie un moment transportée dans un autre temps, dans la Mardin du XVème siecle. Ça prend de temps en temps ces évasions temporelles. Avec mon Moyen-âge kurde je me fais parfois l'effet d'être aussi cinglée que les trois évangélistes de Fred Vargas.A l'hôtel, j'ai acheté un collier fait de petites pierres de couleur mêlées à des grains de métal et de bimbeloteries, et qui se termine par un gros coeur rouge. Le nom de ces petites pierres, mor…

Mardin

L'eau courante sur les ombres d'été refuge des arbres dans la ville ensommeillée Le cahier du voyage se gonfle de mots et de rêves mes ombres mes lumières mes encres le souci et la tendresse de toi comme anges gardiens L'oubli de toi ? Non la feinte comme saveur Les nomades d'amours perdus conquis a revenir ont les poches bien remplies et si d'aventure nous revenons Les yeux grands ouverts sur le destin il faut savoir que l'âme et le corps n'ont qu'un temps. ***** ****** ******** Mardin. Derniere étape avant de crapahuter. L'hôtel Bilen est une bonne surprise, il va permettre de nous refaire un peu, lessive, bar, restau. avant la plongée dans l'aléatoire du confort. Et vu ses trois étoiles, on l'imaginait plus cher que ça. Il y a même un sauna ! Délicieux à envisager par cette chaleur, comme si on ne suait pas assez dans les dolmush. Aujourd'hui question transports on a été servies : 3 dolmush et un ferry (feribot). Et rien dans l'estomac. Si, u…

Nemrud Dagh

De près mangés du Temps de loin même les rois barbus ont des joues rondes de jeunes filles. Cette pierre est curieusement craquelée, fendillée comme une céramique japonaise. Leurs visages ne sont pas grecs mais asiatiques : une des têtes a une allure de déesse phénicienne. Leurs tiares coniques répetent la forme du tumulus. De tous, Apollon est le plus modeste, avec un visage juvénile et étonné. Les stèles : le roi et Apollon ? Le roi serrant la pince à Hérakles. Le lion est curieux, sur une stèle semée d'étoiles. Il tire la langue et porte un croissant de lune sur le poitrail, qui rappelle le symbole mésopotamien du dieu Lune Sin.

Kâhta

Depuis hier nous campons a Kâhta. Quand je dis camper c'est une façon de parler car l'hôtel est très bien avec de grandes chambres claires, climatisation et un jardin-restaurant. Le patron a une histoire intéressante : il se dit chrétien mais c'est seulement depuis deux ans. Son père était chrétien mais comme il l'avait perdu a 6 ans (tué par des Musulmans) il a longtemps ignoré ses origines car sa èere est Kurde et lui-même se considère comme Kurde plus que Suryani. Un Kurde chrétien, il y en a qui aiment avoir des problemes. Il nous a dit qu'à Kâhta vivaient environ 350 chrétiens et à Adyaman 150 (tu vois Ephrem, on pense à toi !). Il y a aussi des Alévis qui vivent dans ces montagnes, venus après les grandes révoltes du Dersim. Des enfants d'Alévis auraient été aussi emmenés à Malatya alors que leurs parents étaient tués. En tous cas, ici ils sont tous kurmandj pour la plupart et depuis hier ne cessent de répéter à toute la ville et les villages environnants…

Malatya

Visite de la Grande Mosquée de Malatya. De l'intérieur, ah qu'elle est belle ! Décor de briques et de glaçures, frise bleue et noire en mosaique de céramique. Je n'ai pas pu bien voir de près s'ils avaient utilisé la cuerda seca, mais je le saurais sur les photos. Beau mihrab de pierre blonde, en forme de porche. Mais c'est surtout la voûte qui captive, avec un haut tambour et de petites fenêtres, reposant sur des trompes, avec un décor de niches en relief, d'arcs en anse de panier, en ogive. Une ascension harmonieuse et solide d'arcs et de niches en relief qui élève le regard jusqu'à la voûte tapissée de son décor de briquettes et de carreaux turquoises, en spirale. La cour intérieure est très intéressante aussi. Elle était entierement décorée de panneaux de mosaique en céramique bleues et noires, frise coranique, frise géométrique, rinceaux, compositions géométriques. Sur un des murs, deux curieuses colonnettes en contreforts, au sommet conique.Toute …

Urfa

10h20. Otogar. Attente jusqu'à 14 h d'un bus direct pour Malatya. Plutôt que de prendre un dolmush, qui partira quand il voudra, fera plein d'arrêts inutiles sur une route de montagne surchauffée, et arrivera finalement aussi tard que le "big bus", nous préférons attendre dans un çay bahçeli de l'otogar, à l'ombre. J'ai de quoi écrire, mes bouquins, que demande le peuple ? En voyage comme dans toutes les affaires menées avec ce sacré peuple, le secret est de savoir perdre son temps. De renoncer au temps. être plus patient et immobile que les blocages eux-mêmes. S'assoir à l'ombre et laisser filer tranquillement les heures, comme s'il n'y avait que ça à faire et pour toujours. Alors soudain, le temps s'étrécit, les obstacles se lèvent, le monde se débloque avec une facilité surnaturelle. En gros, c'est comme être dans une file d'attente, devant un guichet hostile, ou dans une salle de consultation dont la porte reste obstiném…

Harran

13h15. Route surchauffée pour Harran, dans un dolmush. Tout le monde dit que c'est la pire des heures. C'est vrai, mais on s'habitue. 14h45. Harran. Pas trop touristique finalement. Les petits Arabes profitant des vacances font les guides. La Syrie est a 18 km de là. Harran, c'est vraiment la plaine. Briques séchées au soleil, torchis, tout est couleur de terre. La citadelle est élégante, par contre, comme toutes les constructions omeyyado-ayyoubides. Il y a la porte d'Alep, la porte de Raqqa. Ça devait être une forteresse sur les postes frontières byzantins. J'aime d'ailleurs tous ces petits postes frontières, même les citadelles les plus simples. Elles sont toujours gracieuses et donnent une impression de sérénité, plus que celle d'un bâtiment de guerre.Dans la "Culture House" de Harran, soudain, un groupe de touristes turcs, qui font irrésistiblement penser aux Japonais. Ils envahissent à 30 la maison, essaient tous les foulards, les robes, …

Urfa

11h45. Départ pour Urfa tout a l'heure. La ville aux douze kebabs, quelle chance. Je commence déja à saturer : mouton-poulet, poulet-mouton, brochettes ou viande hâchée. Dire qu'il y en a pour cinq semaines et deux fois par jour ! Hier, dans un bar, on s'est jeté sur une assiette de frites (ici ils la proposent en entrée) et on en a recommandé une autre. J'ai d'ailleurs vu qu'il y avait des pizzerias et des Mc Do dans pas mal d'endroits. Je crois que je vais m'essayer vicieusement à manger le moins turc ou kurde possible tant que je serai sur place. Ou alors je n'y survivrai pas. Ou je fais ramadan. Nicolas Bouvier, dans ses Chroniques Japonaises disait qu'avoir faim, mais vraiment crever de faim pendant quelque temps, était une excellente façon de laisser tomber tous ses a priori envers la cuisine locale. Après on se mettait à manger de tout, sans inhibition. Hélas, ce qui m'écoeure ici, ce n'est pas la nouveauté, c'est la répétitio…

Antep

15h15. Quelque part sur la route entre Antioche et Antep. Le petit bus marqué Ekspres doit faire 5 heures de route pour 200 km. Ekspres veut peut-être dire omnibus en turc ? Enfin, on sait qu'on approche de la Haute-Mésopotamie : premiers plants de tomates, premières vignes, premiers pantalons kurdes, premiers mots kurdes, et les gens sont toujours aussi étonnés de nous voir voyager tranquillement, avec l'air assuré de qui sait où il va... 17h. Ben ça a changé, Antep ! Je suis sûre que la ville a triplé en 10 ans mais ça ne l'arrange pas. QUI à l'Institut nous a dit d'y passer ? A part les pistaches j'avais pas trouvé la ville transcendante. Le seul bon souvenir que je gardais était les champs de pistache et les citronniers. A la place on a des champs de béton et des collines pelées. Au centre, par contre, la ville fait toujours aussi poussiéreuse et provinciale. J'exagère, mais bon, ça ne valait pas une étape. Je me demande en plus s'il y a encore des p…

Antioche

Aujourd'hui, musée d'Antioche. Plaisir de revoir ce musée que j'avais toujours trouvé clair et agréable, et qui s'est un peu modernisé, en bien. A voir la splendeur simple des mosaïques, leurs tons doux, raffinés, on imagine ce que devait être la douceur de vivre dans la Rome orientale. Plus quelques objets hittites, hourrites, du Mitanni. Je retrouve une vieille connaissance, ce cher Yarim Lim qui me renvoie à ma première année de l'Ecole du Louvre.Une belle surprise aussi : 2 coupes à engobe crème, glaçure transparente incolore et motifs vert, ôcre, qui rappellent irrésistiblement les céramiques d'époque ayyoubide de Syrie du nord, que J.Soustielle avait déjà reliées aux productions byzantines. L'une d'elle représente un gros oiseau, dodu, dont le quadrillage des plumes me fait aussi penser à Garrus.Au musée, on sympathise avec le conservateur qui parle français. Il nous propose un chauffeur pour 60 M TL et faire le grand tour : l'église St Pierre…

Adana

17 mai. Adana, 21 heures. Ville moite, douce, mais pas trop chaude. Par contre, si les villes estivales en Syrie sont noires de monde, en Turquie tout le monde rentre au poulailler après 20 heures. Ils doivent passer leur vie devant la television. C'est quand même un peuple pantouflard et les Kurdes prennent le pli, on dirait, couvre-feu ou pas couvre-feu.Et pour commencer le trip touristique, on va manger un Adana kebab à Adana. D'ailleurs il ne semble pas y avoir d'autres variétés dans ce Yilmaz Usta Kebap Salonu. Ça plus deux salades de tomates dont la différence semble être dans la coupe des tomates : une en cubes, une en purée. Adana: 18 juin.10h35. Petit-déjeuner sans café. Ça commence bien. Hôtel tres bien, douche, sechoir, clim' mais pas de café. Alors qu'on a pu en boire à volonte dans bien des hotels minables. C'est ça la philosophie qu'on est sensées chercher en voyage : que rien n'est jamais parfait. Pas pour en tirer une quelconque sagesse a m…