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Affichage des articles du avril, 2001

Istanbul

A Umranieh le théâtre était très marrant, style comedia dell' arte. Une série de sketchs sur la vie traditionnelle des Kurdes, les "villageois", les féodaux. Très drôle.

Istanbul

Ce soir, c'est la Première de Hüseyin. Il doit être sur les dents. Demain, nous partons à Ümranieh, chez les HADEP d'Ümranieh. La mère d'Arjen et la troupe du MKM y donne une représentation et nous les accompagnons.
Acheté hier un adorable gros singe en peluche, suspendu à un trapèze, qui siffle et dit "I love you" quand on lui passe devant. A l'entrée de mon studio, ça risque d'être drôle.

"Le voyage est dangereux pour les oiseaux et les hommes." J'adore cette phrase. Elle est citée dans mon agenda. Je vais lire le bouquin pour cela ; il y a de ces phrases solitaires qui illuminent le monde, ensoleille une journée, un cheminement, un voyage. Et la vie même. Remplacer le mot "voyage" par "vie", par exemple. Comme "la vie est immense et pleine de dangers", sortie de la bouche d'un enfant cancéreux qui en réchappa, finalement. Elle est traduite en anglais, dans cet agenda. En anglais, cela sonne bien aussi. Tra…

Istanbul

Vu Hüseyin hier. On le revoit jeudi. A l'air plus en forme que la dernière fois, malgré le stress de sa Première.

Istanbul

Hier, dîné chez Arjen. Toujours aussi mignon, très grandi, un vrai fil de fer ! Une voisine venue en visite nous donnait deux ans de plus que lui, et donc envisageait de nous marier.

Tout fout le camp. Le marché aux poissons a disparu, ainsi que la boutique swatch où nous nous fournissions en bracelets-montres.

Nous voyons Hüseyin ce soir pour visionner son film. Il a dit qu'il en est à 60% de son travail et cela fait vingt jours qu'il n'en dort presque plus.

Istanbul

Hier, première journée à Istanbul. Vers midi, appelé Hüseyin. Débordé de boulot, travaillant sur son film, on le verra peut-être lundi. Changé nos billets, envoyé trois cartes postales que j'écris dans un pub, sous la photo de Mussolini. Nous rentrons le 23.

Ankara-Istanbul

M. Bozlak a peut-être dit quelque chose. Osman, le soir, avait l'air triste, vraiment très bobo. Il a posé de curieuses questions, pourquoi nous travaillons pour les Kurdes, par exemple, question que je déteste par dessus tout, et qui me fait bouillir le sang, et qui me donne envie de taper des poings. Ou bien de dire "c'est vrai, excusez-moi, je vous plaque." Pourquoi le fait de travailler pour un peuple devrait-il être soumis à la restriction de son agrément ? Est-ce qu'on est soi-même sa propre propriété ? La prochaine fois je répondrais que je travaille sur les Kurdes mais pas pour eux, que je ne suis pas à leur service et qu'ils ne me doivent rien. Et là, ça leur broie le coeur. La réponse correcte (celle que j'ai faite) étant : parce qu'on vous aime. Avec vos défauts et vos qualités. Ensuite Osman a émis l'idée que nous étions peut-être anti-HADEP. Je n'ai rien répondu là-dessus, je ne suis ni pour ni contre, je m'en fous. Mais comme…

Ankara

Nous sommes chez Osman depuis hier. C'est-à-dire que nous créchons dans la maison du HADEP, un grand appart' qu'ils partagent à trois. 13h30. Siège du HADEP.

Cela fait plusieurs heures que nous attendons au siège. Osman, très préoccupé par les deux oiseaux dont il a hérité imprudemment, nous a emmené ici et a disparu en réunion, je suppose. Du coup, nous passons le temps dans la salle d'attente à bavarder avec tous les Kurdes de passage : des maires, des responsables de communication, etc. Un vieux professeur de Van, très charmant, parlant et écrivant l'arabe, nous invite à Van.

16h30. Vu Bozlak. Très raide au début, un peu réprobateur. Se détend un peu sur la fin. J'ai répondu à sa raideur par un air absolument impassible et indéchiffrable, mais ferme aussi. Leur ai fait sentir que si nous demandions aux Turcs de s'adapter aux critères démocratiques, il devait en être de même pour eux.

Kayseri

Nous quittons cette ville de cons, pleine d'intégristes musulmans pour Hadji Bektas. ça va nous faire respirer. On a eu d'ailleurs beaucoup de mal à prendre un billet car tous ces connards qui haïssent les Alévis ont voulu nous faire croire qu'il n'y avait pas de bus aujourd'hui. Le seul bureau qui y menait n'a pas osé s'approcher de nous : par peur. Ce n'est que lorsque je me suis approchée de leur bureau en demandant un billet pour une autre ville que le boss m'a dit que non, nous allions à Hadji Bektas et qu'il fallait pour cela changer à une autre correspondance. Plus un autre qui demande si nous sommes Françaises et qui nous dit "Danielle Mitterrand". Plus une musique kurde. ça va, on est dans la bonne compagnie.


Hadji Bektas. 19h30. Enfin un endroit civilisé ! C'est-à-dire un hôtel avec bar, restaurant à vins, musique et danse.

Kayseri

Halte de luxe dans un 2 étoiles, avec douche chaude, mini-bar, TV, etc. Agréable mais difficile d'avoir laissé nos deux totos dans leurs montagnes.
Donc, le 4 avril, excursion au barrage, un barrage en construction où nous n'aurions jamais dû aller. Mais nous avons été demander la permission au kaymakam, qui nous l'a accordé après une de ces visites de courtoisie où chacun se sonde et s'évalue, et où notre rôle est de jouer les french tourists "very sympathic". Après tout, notre guide, Ali, nous a dit qu'il était "iyi", kurde, quoique d'Antalya.

Par contre, tous les autres étaient aux anges ou sciés de nous voir. Donc, visite au barrage. C'est-à-dire bref coup d'oeil aux constructions et excursion dans la montagne, avec l'ours, le lézard, les villages brûlés, les militaires, des appelés, ébahis mais contents de nous trouver là, qui ont voulu regarder tout le matos uniquement pour prolonger. Moi, je calmais Suleyman qui était déso…

Ovacik

Nous partons aujourd'hui. Tout s'est bien passé, malgré la pluie continuelle. Le pire est qu'aujourd'hui, il fait beau ! Après la vallée de Munzur baba excursion au barrage. Nous avons débusqué un ours, un lézard gros et vert, comme un petit varan, qui semblait venimeux.

Ovacik

Longue excursion hier, dans la vallée de Munzur Baba. Des montagnes noires, des arbres sacrés, des sources, des rochers à voeux et des paysans qui vénèrent tout cela. Ici, ce sont vraiment des sauvages, dans le sens païen, animiste. Ce qui ne les empêche nullement d'être raffinés, bilingues ou trilingues, militants, intellectuels. Mais ils embrassent les arbres et les rochers. Il n'y a pas de monument, pas d'écriture, c'est-à-dire les deux productions du Logos gréco-sémite ou même sumérien. Ecriture, architecture, c'est le monde de la Mésopotamie, du Verbe abstrait. Ici, la religion n'est pas une construction géante, arche mentale et démesurée jetée comme un pont entre le monde et son créateur.

Leur religion est intérieure et proche d'eux. Elle vit ici, elle est de ce monde, les habite comme elle habite leur nature. Il y a quelque chose qui relève du sentiment, du non-formulé, de la possession. D'où les sema qui font monter l'extase ; la poésie seuls…

Ovacik

Dans ces voyages, encore plus que pour des raisons de sécurité et de chance, tout est rythmé et circonscrit par ces quelques aléas de la vie physique : eau chaude ou non à l'hôtel, petit-déjeuner ou pas, parfois du café, avec de la chance. Ce qui fait que l'esprit est libre, allégé.

Ovacik

Nous voici dans le coeur du coeur de la montagne. Hier, rien foutu chez le père de Selim, sauf nous faire bourrer de bouffe, de café et de thé. Deux vieux pas très percutants, terrifiés à la seule évocation de leur gendre. Complètement démunis, sans voiture, sans rien. Du coup, on décide de contacter l'assoc et de descendre le lendemain dans le fameux hôtel. Pour cela, on fait appeler le type de l'assoc par le beau-père de Selim, qui ne comprend pas qu'on lui demande seulement l'adresse et le nom exact de l'hôtel, et ne cesse de répéter qu'il est à Istanbul. On le sait, crétin !

Entre temps, pris de remords, le beau-père se renseigne, rappelle, et nous apprend que l'hôtel est en fait l'hôtel "touristique" où nous étions d'abord descendus et que le patron de l'établissement est aussi le président de l'assoc. Donc, nous avions touché dans le mille, sans le savoir. Crise de fou rire en imaginant leur tête quand nous allons redébarquer.…

Dersim

ça y est ! Nous sommes dans la cité interdite. Une chance terrible, sans doute.

Le vendredi, nous sommes restés à Keban, invitées dans une famille qui au bout d'un moment m'a avouée être kurde et donc, nous avons parlé en cette langue. Dîner dans un restaurant de poissons, dodo au village. Hier, Elazig-Dersim. Passé le contrôle militaire sans encombre, le jeune soldat semblant un peu endormi. Le chauffeur a grommelé en se marrant que c'était une sacrée chance.

Nous sommes descendues à l'hôtel touristique, avec une étoile et de l'eau chaude (le rêve !). Plus une grosse blatte et une colonie de fourmis rouges dans la salle de bain.

Ensuite, divers coups de fil. Le beau-père de Selim, finalement, est à Istanbul. L'assoc ne répondait pas.
Restau, vers cinq heures. Après une semaine dans ces pays musulmans, ça fait plaisir de se retrouver chez les Alévis ! Cuite au raki pour Roxane. En même temps, téléphone. Ahmet Zeki était tellement scié qu'il a eu du mal à percu…