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Affichage des articles du 2001

Istanbul

Les poèmes de Nâzim Hikmet me plaisent beaucoup, au premier coup d'oeil.

Hier passé la journée dans un restaurant rustique, allongés sur des coussins, à discuter.

Pour cette dernière journée, un peu de soleil enfin. Ne pas trop avoir hâte de rentrer. En profiter.

De fait, c'est comme une rentrée des classes. Un peu de la nostalgie des vacances, et du plaisir neuf de la rentrée.

Promenade dans un des vieux quartiers d'Istanbul. Beaucoup de maisons en bois, certaines en briques. Des arbustes en fleurs, mauves, blanches. Des gosses à la peau sombre, aux grands yeux noirs, avec des allures de gitans. D'autres très blonds, aux yeux bleus. Des chiens, souvent, ou des chats, tous dormant en boule ou aplatis en carpette sur les trottoirs et les rues. Chaque ville a ses animaux. A Trabzun, c'était de gros poissons colorés, dans des aquariums. A Alep, des perruches et des canaris dans des cages dorées. Ici, ce sont les chiens et les chats. Même ceux des rues ne sont pas faméliqu…

Istanbul

Voilà le vrai temps d'Istanbul : grise et noyée sous le déluge, ciel noir. Depuis hier, beaucoup d'orages. La pluie me fait ronchonner à Paris mais ne me gêne pas ici. Il y a tellement de passages couverts où flâner, de boutiques où se rencontrent toutes les nations de l'Empire...

Istanbul

Temps pluvieux, orageux, doux. Un temps qui rappelle la semaine qui précédait la rentrée des classes : l'odeur du plastique et des crayons neufs, le lisse blanc des cahiers intacts, les bonnes résolutions aussi, qui ne tenaient guère la semaine...

Istanbul

Volupté aussi de rester une matinée à l'hôtel et de ne rien foutre sauf bouquiner étendues sur les lits, alors que dans la ville, tous les tour-operator s'agitent et promènent les touristes de lieux en lieux - rentabiliser le séjour, le forfait. C'est la différence entre le touriste et le voyageur. Ce dernier passe beaucoup de son temps à le perdre.

A Trabzun, j'avais acheté un livre sur la région du Kurdistan, mais revue par l'historiographie turque. C'est fou le mal qu'ils se donnent pour gommer l'existence des Kurdes, des Syriaques, des Arméniens, etc., bref tout ce qui dans le coin n'est pas du turc pur jus.

Trouvé dans ma librairie un Orhan Pamuk et un Nazim Hikmet.

Istanbul

J'aurais réussi à gagner la ville sans panne de lecture, finalement. Pas encore (mais presque) terminé La montagne de l'âme. Trouvé dans une librairie avenue de l'Indépendance Péplum d'Amélie Nothomb et L'Ile du jour d'avant d'Umberto Eco.

"Il dit qu'il ne comprend toujours pas comment aller à la Montagne de l'Âme."

Mer Noire

Ferry Ankara, de la Turkish Maritime Airlines. 10h20.

Toujours cette sensation de paix et de sécurité merveilleuse que me procure un bateau. Finalement le tangage ne me dérange pas, il me berce plutôt. A 9 heures, j'avais déjà sommeil et je viens de me lever à 10 heures. Je me suis réveillée plusieurs fois, notamment quand le bateau a déposé des passagers à la première escale. Mais rendormie très facilement, malgré les vibrations des machines qui secouent jusqu'à l'oreiller. Emerveillement de voir la mer filer derrière le hublot. Emerveillement d'un paysage qui bouge tout seul.

Il fait beau maintenant, quoique le ciel reste encore blanc de nuages mais le soleil perce tout de même. Le farniente, cette douceur de vie, ce temps qui coule, c'est à bord qu'on le sent le plus. Nous faisons tous les bars et les cafétérias du bateau. Le pont et les chaises longues, ce sera pour ce soir. Dans la journée, c'est une plaque chauffante.

Finalement, gagner le Kurdistan en s…

Trabzun

Trabzun est une drôle de ville, aussi noire, sombre et humide que La Montagne de l'Âme. Terriblement moite. Ici, tout est bilingue, et il y a même des enseignes qui ne sont marquées qu'en russe. C'est une ville qui rend amorphe, liquéfié, non, engourdi. Il ne fait pas si chaud que cela, pourtant, dix degrés de moins qu'à Dersim mais le climat saturé rend cotonneux, ensommeillé.

Nous prenons le bateau ce soir, pour Istanbul. Trois jours de cabotage. Comme ça, je saurai si j'ai le mal de mer ou non. On a réussi à trouver une cabine de première classe encore libre, parce qu'en seconde, on risque fort de se trouver entourées de familles, c'est-à-dire quatre pétasses et vingt-cinq chiards par famille. Si on pouvait être isolées totalement au restaurant ou sur le pont, ce serait l'idéal.

Dersim

8h04. Nous partons vers midi et demi pour Trabzun. J'espère que je ne reverrai pas de sitôt Dersim

Hier, Bülent a passé la soirée à me sortir tous les mots en kurde qu'il connaissait. Il m'a expliqué que les premiers mots qu'il avait appris était : "Il y a du pain ? Il y a de l'eau ?" Il a fait son service dans les montagnes d'Agri et les troupes crevaient de faim. Les soldats en étaient réduits à mendier le pain et l'eau dans les villages qu'ils étaient censés mater. De plus, comme ils devaient brûler les villages et les champs, disperser le bétail, il y avait de moins en moins à manger dans le pays. La solde actuelle d'un soldat turc ne lui permet même pas de s'acheter 2 paquets de Marlboro pour le mois.

Cette idée de guide de voyage du Kurdistan, pour laquelle Roxane ne cesse de me tanner : faire cela comme une piste chantée, un long itinéraire ponctué de haltes-pierres-villes et de légendes, comme les guides de voyage des géographes …

Dersim

Demain nous partons pour Trabzon, sur les bords de la mer Noire, que nous n'avons jamais vue. Rien à voir avec le Kurdistan, mais pour revenir sur Istanbul cela change du parcours habituel et mortel de la steppe.

Dersim

Toujours cet ennui de caserne, ce temps à traîner. J'ai entamé mon dernier livre, La montagne de l'âme, une suite de saynètes tristes et rêveuses, bien accordées à mon état d'esprit, hormis le temps gris et humide du livre. Ici, c'est chaud, poudreux, lourd. Et c'est une ville sans légende, sans démon, sans charme.

L'herbe sèche et courte sur les montagnes. Comme le pelage dru et soyeux d'une bête à robe jaune, nuque de lion, douceur claire d'un flanc de tigre. Plus la râpe grise des rochers et les bouquets d'arbres verts. L'odeur des baignades est indissociable de celle des kebabs. Tout le monde vient faire griller n'importe quoi au bord de l'eau : viande de mouton, poulet, oignons, piments, tomates, poivrons... et les pastèques mises à rafraîchir dans l'eau. Ici les mouches sont féroces, très piquantes, revenant sans cesse : de vraies Erynies. Un cavalier en short et espadrilles passe près de moi, montant un petit cheval bai aux jam…

Ovacik

Hier, au restaurant de l'hôtel, nous avons demandé pourquoi on passait toujours la même cassette de musique, en boucle, depuis une semaine. Ils n'en avaient pas d'autres ? Les serveurs nous ont répondu que la chaîne était cassée, qu'ils ne pouvaient plus l'ouvrir. Les voilà donc condamnés à entendre la même suite de chansons jusqu'à usure complète de la bande magnétique. Après, je suppose qu'ils n'auront plus qu'à jeter le magnétophone.

Ces histoires de piste chantée (Songlines, de Chatwin). Ma quête du dragon en pays kurde: : un morceau de queue à Hasankeyf, les têtes emmêlées de Sivas, et les lions affrontés, les liens entre les dragons et les lions ? J'ai parfois idée que ce sont les mêmes ou alors deux aspects d'un même monstre.

Les Kurdes ont commencé de perdre le monde quand ils ont renoncé au nomadisme. Le Kurdistan n'était qu'une suite de pâtures et de quartiers d'hiver (leurs villes). Les paysans qui travaillaient pour eux…

Ovacik

Hier, au bord de l'eau. Baignade, soleil. Lu une bonne partie du temps. Je ne fiche rien, c'est sûr. A lire Léautaud, je me dis que c'est ça qu'il faudrait : une retraite à la campagne, des animaux, des heures de flânerie. Pourquoi vivre à Paris ?

Reparlé de la torture, hier soir, avec Suleyman. Le patron de l'hôtel, qui est aussi le président de l'association, a été arrêté il y a quelques années avec sa soeur. Ils l'ont violée sous ses yeux. Après cela, il n'a plus parlé pendant près d'un an. Aujourd'hui, cela ne se voit pas. Il est doux, gentil, adoré de Dersim, à ce que dit Suleyman. J'ai dit à Suleyman que je le trouvais très bien aussi.

Ovacik

Suleyman a reçu un coup de téléphone de son père, hier. Un de ses amis a été arrêté. Il a peur qu'il donne son nom. Il lui avait gardé une dizaine de livres interdits, chez lui, dans plusieurs langues. Suleyman espère que son père aura le temps de les brûler. Je lui ai demandé s'il pense que son ami parlera. Il a dit qu'il est impossible de tenir sous la torture. Que lui, sorti de sa garde-à-vue, était resté des jours "comme un bébé", sans pouvoir bouger ni parler. Son frère le portait aux toilettes. Il m'a parlée de pendaison palestinienne. Sur sa main gauche, il porte des marques de brûlures par cigarettes. 6, 8, peut-être 10 traces.

Dans tout cela, l'étonnant n'est pas de se taire sous la torture (autant dire quelque chose, un peu, pour qu'ils vous lâchent) mais de recommencer à travailler après. Je lui ai demandé de dire à son père ou à des amis de nous prévenir s'il lui arrivait quelque chose.

Ovacik

Midi. L'air tremble au-dessus des herbes jaunes. Devant les montagnes pâles et roses. Le ciel est d'un bleu pâle, un peu gris, affadi par la buée. Nous devons rester à Ovacik, dans la ville même, dans le périmètre sous contrôle policier. Passé une certaine limite (frontière invisible), la zone est sous contrôle militaire : c'est le début de la montagne, des villages et de la guerre. Nous ne pouvons y pénétrer. Nous restons donc prisonniers de cette ville et nouons des relations avec les officiels, charmants, souriants, attentionnés et sincèrement désolés de ne pouvoir nous aider.

Dersim

Je viens de sauver une pétasse de l'hydrocution cet aprem, à la baignade de Dersim. Lui ai fait du bouche-à-bouche, malgré l'opposition têtue d'un type du coin, affolé en voyant ses poumons se soulever, qui me disait d'arrêter pour laisser "reposer ses poumons". Pas assez de vocabulaire turc pour lui demander si son cerveau à lui se reposait de temps à autre. Quand je pense que c'est la 2° réanimation que je tente en 2 mois (mais avec succès, cette fois)... Enfin, comme dit Roxane, le tout est de passer inaperçues ici. Et toute la ville était à la baignade pour regarder. Déjà qu'on se ressouvenait de nous ici...

Elazig

Hier, journée interminable de voyage, de cars en cars. Elazig est plus détendue que l'année dernière. Toujours la chaleur.

Kayseri

Retrouvé l'hôtel Comfortable mais les réceptionnistes avaient changé. Pu dîner au restaurant et boire trois bières, ce qui dans cette ville est un exploit ! En discutant hier, je me suis rendue compte qu'au fond je n'aimais pas trop la Turquie, que je ne m'y sentais pas chez moi, au rebours de Roxane. Trop occidentale, au fond. Ville de caserne, pays de caserne, monotonie bureaucratique et grise. Par contre, j'adore et je me sens chez moi en Syrie. De vrais pays d'islam historique. Je me sens chez moi dans toutes cette région, en-dehors du Kurdistan même. C'est l'Orient véritable, l'islam historique, millénaire.

Grosse chaleur, mais il faut s'habituer. A 10 heures du matin, cela va encore. Le tout est de s'hydrater et de manger (éviter les déperditions en sels minéraux).

De ces voyages en car il ne faut retenir qu'un long ruban gris et poussiéreux tiré à travers le continent. Le car file sur la route scintillante. Halte sur le bitume des g…

Kayseri

Roissy, Terminal D, 26 juillet, 6 h 30, cafétéria Cap France.

Réveil à 4 h 15. Pas trop de mal. Pris le temps de boire un café, d'écouter les premières mesures du concerto pour piano n°4 de Beethoven joué par Hélène Grimaud. Penser que je vais être salement privée de musique.

Après, le bin's habituel : aéroport, enregistrement, petit déj'. D'Ankara (arrivée prévue vers 15 heures) nous comptons prendre le bus directement pour Kayseri, à l'hôtel Comfortable où les réceptionnistes font des entrechats quand ils nous voient.

Istanbul

A Umranieh le théâtre était très marrant, style comedia dell' arte. Une série de sketchs sur la vie traditionnelle des Kurdes, les "villageois", les féodaux. Très drôle.

Istanbul

Ce soir, c'est la Première de Hüseyin. Il doit être sur les dents. Demain, nous partons à Ümranieh, chez les HADEP d'Ümranieh. La mère d'Arjen et la troupe du MKM y donne une représentation et nous les accompagnons.
Acheté hier un adorable gros singe en peluche, suspendu à un trapèze, qui siffle et dit "I love you" quand on lui passe devant. A l'entrée de mon studio, ça risque d'être drôle.

"Le voyage est dangereux pour les oiseaux et les hommes." J'adore cette phrase. Elle est citée dans mon agenda. Je vais lire le bouquin pour cela ; il y a de ces phrases solitaires qui illuminent le monde, ensoleille une journée, un cheminement, un voyage. Et la vie même. Remplacer le mot "voyage" par "vie", par exemple. Comme "la vie est immense et pleine de dangers", sortie de la bouche d'un enfant cancéreux qui en réchappa, finalement. Elle est traduite en anglais, dans cet agenda. En anglais, cela sonne bien aussi. Tra…

Istanbul

Vu Hüseyin hier. On le revoit jeudi. A l'air plus en forme que la dernière fois, malgré le stress de sa Première.

Istanbul

Hier, dîné chez Arjen. Toujours aussi mignon, très grandi, un vrai fil de fer ! Une voisine venue en visite nous donnait deux ans de plus que lui, et donc envisageait de nous marier.

Tout fout le camp. Le marché aux poissons a disparu, ainsi que la boutique swatch où nous nous fournissions en bracelets-montres.

Nous voyons Hüseyin ce soir pour visionner son film. Il a dit qu'il en est à 60% de son travail et cela fait vingt jours qu'il n'en dort presque plus.

Istanbul

Hier, première journée à Istanbul. Vers midi, appelé Hüseyin. Débordé de boulot, travaillant sur son film, on le verra peut-être lundi. Changé nos billets, envoyé trois cartes postales que j'écris dans un pub, sous la photo de Mussolini. Nous rentrons le 23.

Ankara-Istanbul

M. Bozlak a peut-être dit quelque chose. Osman, le soir, avait l'air triste, vraiment très bobo. Il a posé de curieuses questions, pourquoi nous travaillons pour les Kurdes, par exemple, question que je déteste par dessus tout, et qui me fait bouillir le sang, et qui me donne envie de taper des poings. Ou bien de dire "c'est vrai, excusez-moi, je vous plaque." Pourquoi le fait de travailler pour un peuple devrait-il être soumis à la restriction de son agrément ? Est-ce qu'on est soi-même sa propre propriété ? La prochaine fois je répondrais que je travaille sur les Kurdes mais pas pour eux, que je ne suis pas à leur service et qu'ils ne me doivent rien. Et là, ça leur broie le coeur. La réponse correcte (celle que j'ai faite) étant : parce qu'on vous aime. Avec vos défauts et vos qualités. Ensuite Osman a émis l'idée que nous étions peut-être anti-HADEP. Je n'ai rien répondu là-dessus, je ne suis ni pour ni contre, je m'en fous. Mais comme…

Ankara

Nous sommes chez Osman depuis hier. C'est-à-dire que nous créchons dans la maison du HADEP, un grand appart' qu'ils partagent à trois. 13h30. Siège du HADEP.

Cela fait plusieurs heures que nous attendons au siège. Osman, très préoccupé par les deux oiseaux dont il a hérité imprudemment, nous a emmené ici et a disparu en réunion, je suppose. Du coup, nous passons le temps dans la salle d'attente à bavarder avec tous les Kurdes de passage : des maires, des responsables de communication, etc. Un vieux professeur de Van, très charmant, parlant et écrivant l'arabe, nous invite à Van.

16h30. Vu Bozlak. Très raide au début, un peu réprobateur. Se détend un peu sur la fin. J'ai répondu à sa raideur par un air absolument impassible et indéchiffrable, mais ferme aussi. Leur ai fait sentir que si nous demandions aux Turcs de s'adapter aux critères démocratiques, il devait en être de même pour eux.

Kayseri

Nous quittons cette ville de cons, pleine d'intégristes musulmans pour Hadji Bektas. ça va nous faire respirer. On a eu d'ailleurs beaucoup de mal à prendre un billet car tous ces connards qui haïssent les Alévis ont voulu nous faire croire qu'il n'y avait pas de bus aujourd'hui. Le seul bureau qui y menait n'a pas osé s'approcher de nous : par peur. Ce n'est que lorsque je me suis approchée de leur bureau en demandant un billet pour une autre ville que le boss m'a dit que non, nous allions à Hadji Bektas et qu'il fallait pour cela changer à une autre correspondance. Plus un autre qui demande si nous sommes Françaises et qui nous dit "Danielle Mitterrand". Plus une musique kurde. ça va, on est dans la bonne compagnie.


Hadji Bektas. 19h30. Enfin un endroit civilisé ! C'est-à-dire un hôtel avec bar, restaurant à vins, musique et danse.

Kayseri

Halte de luxe dans un 2 étoiles, avec douche chaude, mini-bar, TV, etc. Agréable mais difficile d'avoir laissé nos deux totos dans leurs montagnes.
Donc, le 4 avril, excursion au barrage, un barrage en construction où nous n'aurions jamais dû aller. Mais nous avons été demander la permission au kaymakam, qui nous l'a accordé après une de ces visites de courtoisie où chacun se sonde et s'évalue, et où notre rôle est de jouer les french tourists "very sympathic". Après tout, notre guide, Ali, nous a dit qu'il était "iyi", kurde, quoique d'Antalya.

Par contre, tous les autres étaient aux anges ou sciés de nous voir. Donc, visite au barrage. C'est-à-dire bref coup d'oeil aux constructions et excursion dans la montagne, avec l'ours, le lézard, les villages brûlés, les militaires, des appelés, ébahis mais contents de nous trouver là, qui ont voulu regarder tout le matos uniquement pour prolonger. Moi, je calmais Suleyman qui était déso…

Ovacik

Nous partons aujourd'hui. Tout s'est bien passé, malgré la pluie continuelle. Le pire est qu'aujourd'hui, il fait beau ! Après la vallée de Munzur baba excursion au barrage. Nous avons débusqué un ours, un lézard gros et vert, comme un petit varan, qui semblait venimeux.

Ovacik

Longue excursion hier, dans la vallée de Munzur Baba. Des montagnes noires, des arbres sacrés, des sources, des rochers à voeux et des paysans qui vénèrent tout cela. Ici, ce sont vraiment des sauvages, dans le sens païen, animiste. Ce qui ne les empêche nullement d'être raffinés, bilingues ou trilingues, militants, intellectuels. Mais ils embrassent les arbres et les rochers. Il n'y a pas de monument, pas d'écriture, c'est-à-dire les deux productions du Logos gréco-sémite ou même sumérien. Ecriture, architecture, c'est le monde de la Mésopotamie, du Verbe abstrait. Ici, la religion n'est pas une construction géante, arche mentale et démesurée jetée comme un pont entre le monde et son créateur.

Leur religion est intérieure et proche d'eux. Elle vit ici, elle est de ce monde, les habite comme elle habite leur nature. Il y a quelque chose qui relève du sentiment, du non-formulé, de la possession. D'où les sema qui font monter l'extase ; la poésie seuls…

Ovacik

Dans ces voyages, encore plus que pour des raisons de sécurité et de chance, tout est rythmé et circonscrit par ces quelques aléas de la vie physique : eau chaude ou non à l'hôtel, petit-déjeuner ou pas, parfois du café, avec de la chance. Ce qui fait que l'esprit est libre, allégé.

Ovacik

Nous voici dans le coeur du coeur de la montagne. Hier, rien foutu chez le père de Selim, sauf nous faire bourrer de bouffe, de café et de thé. Deux vieux pas très percutants, terrifiés à la seule évocation de leur gendre. Complètement démunis, sans voiture, sans rien. Du coup, on décide de contacter l'assoc et de descendre le lendemain dans le fameux hôtel. Pour cela, on fait appeler le type de l'assoc par le beau-père de Selim, qui ne comprend pas qu'on lui demande seulement l'adresse et le nom exact de l'hôtel, et ne cesse de répéter qu'il est à Istanbul. On le sait, crétin !

Entre temps, pris de remords, le beau-père se renseigne, rappelle, et nous apprend que l'hôtel est en fait l'hôtel "touristique" où nous étions d'abord descendus et que le patron de l'établissement est aussi le président de l'assoc. Donc, nous avions touché dans le mille, sans le savoir. Crise de fou rire en imaginant leur tête quand nous allons redébarquer.…

Dersim

ça y est ! Nous sommes dans la cité interdite. Une chance terrible, sans doute.

Le vendredi, nous sommes restés à Keban, invitées dans une famille qui au bout d'un moment m'a avouée être kurde et donc, nous avons parlé en cette langue. Dîner dans un restaurant de poissons, dodo au village. Hier, Elazig-Dersim. Passé le contrôle militaire sans encombre, le jeune soldat semblant un peu endormi. Le chauffeur a grommelé en se marrant que c'était une sacrée chance.

Nous sommes descendues à l'hôtel touristique, avec une étoile et de l'eau chaude (le rêve !). Plus une grosse blatte et une colonie de fourmis rouges dans la salle de bain.

Ensuite, divers coups de fil. Le beau-père de Selim, finalement, est à Istanbul. L'assoc ne répondait pas.
Restau, vers cinq heures. Après une semaine dans ces pays musulmans, ça fait plaisir de se retrouver chez les Alévis ! Cuite au raki pour Roxane. En même temps, téléphone. Ahmet Zeki était tellement scié qu'il a eu du mal à percu…

Elazig

Halte de trois-quarts d'heure, avant de prendre la correspondance du minibus pour le Dersim. Et comme dit le type qui dégringole les 21 étages, "jusque là ça va, jusque là ça va..."

Malatya

La mosquée était fermée, hélas ! Dommage, car de l'extérieur, elle semble intéressante. Nous avons fait toute une promenade dans la vieille ville, très villageoise.

Hier, prises en otage, plus de bus avant le lendemain dans un petit bled désert vers sept heures. Encore dîné dans une de ces infâmes kebab chechtkhane. Lever tôt, on commence à être crevées.

Divrigi

Ah, un de ces bouts du monde comme je les aime ! Une petite ville de montagne, une simple bourgade en fait, mais avec les restes d'une ancienne belle ville : murailles, tombeaux, et une splendide, somptueuse mosquée-maristan, que nous visitons tout à l'heure.

Hier, journée mouvementée. Départ d'Erzincan à 4 heures, pour Dersim. Nous ne sommes pas allées très loin. Au premier contrôle, stop, on nous fait descendre du car et on nous explique que la zone est militaire, etc. Des petits militaires, morts de rire, et un commandant d'abord hostile, qui avait du mal à garder son sérieux. Ils m'ont passé au téléphone un interprète complètement paniqué, qui me suppliait.

"Understand, it's for your safety." Le fou rire, surtout quand je lui expliquais gentiment que revenir sur Erzincan, c'était bien, mais que nous n'avions plus de bus, ni de voiture, "Should we walk ?" Pendant que Roxane faisait mine de se jeter dans l'Euphrate et de revenir …

Erzincan

Du balcon de l'hôtel, les montagnes brunes avec leur calotte de neige au sommet. Il fait doux et le ciel a le même gris fumé et voilé qu'à Elazig (ou Paris). Pas bon pour les photos, ça.

Sivas

Le temps doux à présent. Ciel couvert, un peu étouffant. Nous partons à 6 heures pour Erzincan, et donc, nous arriverons de nuit. Ensuite, demain, nous devrons passer. Le seul Internet Café de la ville était complet. Impossible de savoir si j'ai des mails.

Sivas

Fait un tour dans la vieille ville (bof) d'Ankara. Déjeuner dans un salon, puis nous sommes retournées à la gare routière.
Pris enfin le car pour Sivas. Long voyage de nuit. 8 Kurdes dans le car. Les chauffeurs et stewards sidérés, les passagers aussi, que nous allions là-bas. Nous nous sommes faites inondées de thé et de café, et d'eau de Cologne. Pour nous seules, bien sûr. Les autres passagers pouvaient se brosser. Ils parlaient parfois le kurde entre eux. Déjà que venir de France ici leur semblait incroyable, si je m'étais adressée à eux en kurde ! Pour finir, nous débarquons avec détachement en bordure de ville, à 11 heures du soir, sans taxi en vue (nous découvrirons le lendemain que nous étions en face d'une énorme station de taxi et de l'otogar, mais dans le noir...). En face, un hôtel. J'y entre. Le type sidéré, un Turc. Je lui demande le prix d'une double en turc. Médusé, il ne pense pas à me faire le prix touriste.

Cela dit, nuit glacée et humide.…

Ankara

Anakara est une ville décidément épouvantable. Moche, terne, grise. Rien à y faire. Le pire est que nous nous sommes faites avoir comme des bleues en suivant à l'a gare routière le premier rabatteur venu qui nous a emmené à sa propre compagnie, qui n'avait un bus qu'à quatre heures. Alors que nous aurions dû faire le tour de toutes les compagnies !

Vol Paris-Istanbul

Parties à 13 heures. Un peu tendue dans l'avions, puis cela s'est dissipé, plus avec le vin rouge que le xanax à mon avis.